NOS LIENS UTILES POUR LA CONFERENCE
Nous vous proposons une intervention intéressante du Ministre de l’Agriculture du Nigéria Mr AUDU OGBE sur les importations de nourritures. De telles idées concrètes viennent alimenter notre débat et ouvrent des perspectives pour des actions correctives et constructives pour l’Afrique.

CICCA EUROPE VOUS PROPOSE UNE TRANSCRIPTION INTEGRALE DE CETTE INTERVENTION

Audition du Ministre de l’agriculture du Nigéria, Mr Audu OGBEH
(OakTV – March 28 2019)

La tragédie de Nigéria a commencé en 1986 quand nous avons suivi le programme d’ajustement structurel. Quand nous avons été persuadés de dévaluer notre devise chaque semaine pendant 32 ans. Quand j’étais étudiant, comme pour beaucoup de vous ici, le Naira (NGN) était à $1.50, presque £1.00. Ils sont venus ici, ont persuadé des hommes brillants de Harvard et la Banque Mondiale que la dévaluation hebdomadaire était merveilleuse. 32 années de dévaluation de votre devise, jusqu’à ce qu’elle atteigne 527 NGN pour 1 dollar (Soit moins de 0,2 centimes de $).  Et ils nous disaient qu’elle est encore surévaluée. Ceci a apporté la pauvreté, la misère chez nous. Ensuite les taux d’intérêts ont grimpé jusqu’à 30%. Personne ne pouvait construire une usine, démarrer une ferme, produire ou créer des emplois. Chaque fois que vous importez un navire de riz vous faites entrer aussi un navire de chômage, car vous transférez votre richesse pour soutenir leur économie.

Pour une raison ou une autre, les Nigériens ne se sont pas rendu compte, donc nous sommes devenus une nation d’importateurs. Importation de cure-dents chaque année : $18 millions/an. Concentré de tomate : $400 millions/an. Pour parler de la tomate : un panier vaut moins de 2000 NGN. Les fermiers perdent de l’argent car les industriels n’ont pas assez d’argent pour créer des usines de transformation.

Pour produire des conserves de concentré de tomate, il faut avoir de l’acier inoxydable de qualité alimentaire ; sinon vous mettez du poison dans l’estomac des gens. La construction de deux usines est en cours ; je crois que par la mi-année de l’année prochaine nous pourrions dire aux importateurs de concentré de tomates d’arrêter. Mais attention, quand vous faites cela, vous vous créez des ennemis, de même avec le riz que nous essayons de réduire : nous avons des ennemis, des ennemis de taille, des gens qui peuvent vous tuer s’ils ont en l’opportunité car vous êtes en train de ruiner leurs affaires.

Que personne ne prenne tout cela à la légère. Ces gens se sont emparés de l’économie de ce pays. Ils nous ont pris en otages et ils n’ont aucune intention à lâcher le morceau car (le Nigéria) est un marché énorme ; C’est un marché bien juteux et ils en ont pris le contrôle.

Ce régime est impopulaire en partie parce qu’il essaie de réduire les importations et de transférer la richesse à notre population rurale. Je dis ceci car cela fait 41 ans que je suis aux affaires et je peux vous raconter un peu d’histoire.

Importer, importer, importer : lait, sucre, cure-dents, dentifrice, mouchoirs, même les crayons, nous ne fabriquons rien de tout cela… Libérer les Nigériens de cette maladie prendra du temps. Il faudrait un gouvernement solide. C’est la vérité. Ils ne sont pas contents que nous réduisions les importations. Quand nous réduisons, ils perdent de l’argent. En conséquence, vous voyez toute sorte de publications. Que nous mentons ; que nous ne produisons pas de riz … ils tentent de démoraliser les cultivateurs locaux et de s’assurer que l’économie locale échoue. C’est cela l’histoire des importations. J’ai lu récemment une histoire dans le journal, un entretien pour The Guardian avec l’ambassadeur français – l’ambassadeur du champagne. Il a dit que les Nigériens aiment la vie – qu’ils sont les plus grands consommateurs de champagne sur la planète Terre. Plus que les Français qui le fabriquent. Qu’il y a des fêtes où vous ne buvez que du champagne. Bien sûr,

chacun est individuellement libre de dépenser son argent comme il le souhaite, mais son argent vient de la richesse commune du Nigéria.

Concernant les importations, il faudra du temps pour que nous nous habituons aux produits locaux et  acceptions que nous devrions consommer ce que nous produisons et produire ce que nous voudrions consommer.

Je vous entends bien : il faut que nous prenions des mesures drastiques pour réduire les importations ; car nos jeunes gens, et jeunes filles, qui n’ont pas d’emploi chez nous aujourd’hui ne vont pas nous permettre de continuer de profiter de la vie à leur dépens.  Ils ont besoin d’emplois. Nos enfants ont réussi leurs études et ils rentrent chez eux entamer une deuxième enfance car il n’y a pas d’usine pour leur offrir un emploi. Les ministères n’en peuvent plus. Mais attention : quelqu’un fait le nécessaire pour que vous échouez quand vous essayer de produire chez nous, au Nigéria.